29 février 2020

Croc-Blanc, Jack London, 1906

Je considère Mr London un véritable ami, un camarade fidèle, un individu volontaire et juste avec qui je me sens depuis le début une sympathie et des affinités rarement égalées. Mon admiration pour Nietzsche surpasse un peu en intensité, il est vrai, mon éloge envers l’auteur de Croc-Blanc auquel je ne prête certes pas un tel génie ni une fascination aussi forte, mais ce dernier aura toujours cette faveur sur l’autre, si je puis dire, que je ne crains pas de l’appeler « Jack » comme un familier humain où porte ma tendresse,... [Lire la suite]
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26 février 2020

Un bon écrivain est un écrivain mort

Notre époque et notre société devenues tant démocratiques et égalitaires ne peuvent plus supporter la reconnaissance du génie spontané, individuel et éclatant : un tel génie si marginal ne peut que leur paraître élitiste et suspect, radical et antisocial, une insulte et un outrage au progrès omniphilanthropique des siècles. Un embarras les saisit d’abord, une tension les étreint aussitôt qui confine presque à l’oppression et au mal, il faut qu’elles adjoignent immédiatement à cette nette intuition de valeur un sentiment louche,... [Lire la suite]
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23 février 2020

Féaux dans la mêlée

Qui a dit que nous avions choisi ? Qui a prétendu que nous avions décidé de combattre ? Qui a affirmé que nous pensions un jour l’emporter ? Ah ! notre vérité est comme l’air que nous respirons : il faut bien que nous l’exhalions au risque de n’être plus : notre hygiène, c’est de ne pas nous contenir ! de ne point retenir l’homme que nous subsumons. Longtemps nous avons enduré l’aliénante compression de notre identité, et sitôt que nous l’avons reconnue, si outragée, si négligée, si uniformalisée, le... [Lire la suite]
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20 février 2020

Poésies, Sully Prudhomme, 1872

Si l’on veut absolument lire ce que la poésie ne devrait jamais être, une forme guindée, plaisante, précieuse, pour midinettes sentimentales ou pour bourgeoises tendres et mariées, sans nouveauté ni virilité, un verbiage empesé pour salons ou futurs gendres, avec toute la galanterie des billets pleutres et roses, paysages, figures obligées, douleurs feintes, sujets antiques, tout en eau si possible, et rien qu’une manière suave et prévisible sans préméditation manifeste qu’une inspiration venant à mesure de l’écriture ; si l’on... [Lire la suite]
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17 février 2020

La littérature comme physique et comme mathématiques

La mesure de toute idée, de tout raisonnement comme de toute représentation éloquente, c’est l’homme, c’est l’esprit humain, c’est la faculté de l’esprit humain. Plus exactement, cette mesure doit toujours consister, pour le penseur au grand Recul, comme un phare surplombant tout jugement d’un dit ou d’un écrit, en la pensée humaine arrivée à quelque degré de perfection, à quelque haut période, à quelque apogée. Mais il n’existe pas de vérité relative, ça non, ceci est un mensonge atroce et délétère, contaminant toute volonté... [Lire la suite]
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14 février 2020

La paille de chez Mc Do

Herbert Spencer, dans un article intitulé « Les Péchés des Législateurs » (in L’individu contre l’État), explique pourquoi il considère avec beaucoup de suspicion et d’inquiétude toute intervention de l’État dans le domaine du commerce : ce n’était pas, comme c’est tristement couramment le cas aujourd’hui, qu’il eût des intérêts privés et cachés à défendre contre de telles ingérences, ou que je ne sais quel lobby l’eût incité à prendre ce parti en échange de toutes sortes d’avantages secrets et inavouables, mais il... [Lire la suite]
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11 février 2020

Comme la foule ignare rend misanthrope et choquant

Friedrich Nietzsche, jeune professeur à Bâle déjà bouillonnant de révolutions formelles et morales, est d’abord déserté d’élèves et largement boudé de ses collègues, ne suscitant guère d’enthousiasme : il acquiert très tôt ce ton d’orgueil inhumain qui est insoutenable aux foules et qu’on prend pour un superbe mépris. Jack London, dont le labeur littéraire fut extrême, et qui mesure peu à peu combien son succès fulgurant est un effet de mode inconsidéré, décide de s’exiler en bateau, prenant en dédain le genre humain tout entier.... [Lire la suite]
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08 février 2020

Deux provocations

Friedrich Nietzsche ne cessait de s’étonner qu’on lui reprochât les paradoxes dont on supposait qu’il émaillait volontairement ses aphorismes : lui n’entendait pas les paradoxes ainsi incriminés, et il affirmait que ces paradoxes ne se trouvaient pas dans ses écrits mais seulement dans l’esprit de ceux qui lui objectaient. On a supposé alors – et encore maints détracteurs le supposent aujourd’hui – que cet argument était bâti de mauvaise foi, et que c’était uniquement de sa part quelque orgueilleuse défense pour asseoir une... [Lire la suite]
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05 février 2020

Le vice du petit geste

En toute chose où l’on veut premièrement se déculpabiliser de ne rien faire, on admet volontiers la théorie du « petit geste qui vaut mieux que rien ». En toute chose où l’on veut premièrement une action efficace, on reconnaît que le « petit geste » est le moyen le plus sûr de n’avoir à peu près aucune conséquence. Le « petit geste » permet d’oublier le tracas : on ne se préoccupe plus du sujet quand on se suppose avoir accompli sa part ; le reste incombe à d’autres dès lors qu’on assure avoir... [Lire la suite]
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02 février 2020

Possédés

Rien de plus glaçant, rien de plus effroyable et scabreux, à y songer vraiment – je veux dire à l’intérioriser comme un excellent lecteur, comme un très bon philologue –, qu’un cœur qui bat : c’est une voix lancinante qui susurre en sourdine un ombreux langage d’outre-monde que nous n’entendons point, et, dans notre légèreté, dans tous nos vœux d’insouciance, dans notre dégoût atavique de s’y référer, nous en faisons automatiquement un allié, faute de pouvoir l’extraire de nous, à la manière dont on finit par s’approprier un... [Lire la suite]
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