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Henry War
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22 septembre 2026

Hâte

            « Il avait hâte, vraiment hâte, irrésistiblement hâte du départ de sa future ex-femme, hâte qu’elle n’empêchât plus par sa présence et son influence les résolutions qu’il avait à prendre, hâte de réaménager le peu de meubles qu’il lui resterait après le divorce, hâte de retrouver ses enfants tels qu’ils les savaient avec lui plutôt que bêtement frénétiques comme ils étaient avec elle, hâte de ne plus sentir près de lui la femme parasite qui, dans la vie conjugale, avait été si généreuse et dépensière, et qui, dans la séparation, lui réclamait des sous pour la moindre chose (la moitié du linge de maison, acheté en soldes, lui faisait là encore 250 euros à dépenser), hâte de fuir l’évanescence-bonne-conscience qu’elle promenait partout en oubliant l’ordinateur qu’il avait acheté pour les enfants et en refusant de payer aussi la moitié des meubles de rangement dont il aurait besoin en compensation de ceux qu’elle prendrait), hâte de ne plus subir les tracas qu’elle prétendait supporter, avec son mal de dos opportun « lié au stress », parce qu’elle devait organiser les livraisons à son futur logement, confondant ainsi insupportablement l’Assister et l’Agir (combien de fois il avait souffert sans qu’elle s’en souciât ni ne rattachât ses douleurs à quelque angoisse), hâte de ne plus devoir déménager ses propres meubles chez elles comme si cette tâche lui incombait ni de devoir quitter sa maison parce que dimanche l’amant de Madame (il avait appris que c’est ainsi qu’on dit dans un divorce : « Madame ») allait l’aider à vider les meubles (probablement un seul) que lui, ex-mari, ne pourrait porter avec elle, et parce que cet amant refusait absolument de le rencontrer, hâte de pouvoir reconstruire sa vie sans la menace d’un toujours-quelque-chose d’imprévu à dépenser pour elle qui l’empêchait ainsi d’anticiper et de bâtir, hâte de ne plus savoir comme elle était « anxieuse » de n’avoir bientôt, la pauvre ! que 94.000 euros de soulte sur son compte pour vivre en locataire quand il aurait, lui, 200.000 euros de dettes que la banque ne semblait pas vouloir lui prêter (il verrait ça mercredi), et hâte, depuis presque dix mois qu’il remboursait seul le crédit (la banquière ne paraissait pas trouver crédible qu’il ait pu payer sans soutien un tel loyer et économiser cependant), qu’elle assumât des charges, un loyer à elle, l’électricité, l’eau, l’abonnement Internet, plutôt qu’il s’en chargeât cependant qu’elle gardait la mine de dignité authentique de qui vit avec la sensation de sa saine indépendance et de sa parfaite raison, hâte en somme qu’elle subît ce que pendant des années, étant seul à regarder les finances, il avait subi en lui signifiant, mais toujours en vain, que peut-être, cette année, les vacances d’été, il vaudrait mieux…

            Hâte, si hâte ! pourtant il lui restait plus d’un mois, un mois ! Il lui avait suggéré de ne pas attendre de partir, de ne pas différer puisqu’elle pourrait habiter chez elle (il ferait ce qu’il faut pour le stage de sa fille, ou elle marcherait vingt minutes pour s’y rendre), et beaucoup lui auraient accordé que cette cohabitation devenue facultative était absurde et presque insane, mais tant qu’il n’avait pas racheté la maison, il ne se sentait pas de la chasser, tenait à ce que tout fût propre, impeccable, irréprochable. Et au fond, il avait même, après son devoir si rigoureusement tenu…

            – il avait concédé le montant de la soulte selon l’estimation la plus élevée (50.000 euros de différence tout de même entre les estimations), il lui avait abandonné l’argenterie, financé la moitié de l’électroménager dont elle prenait tout le neuf, acheté jusqu’à la moitié de l’aspirateur pour elle (foin des stricts « meubles meublants » stipulés dans la requête conjointe !), cherché au magasin des meubles et le four qu’il avait amenés chez elle (plus d’une heure trente de route) et livrés à l’étage dans la future chambre des enfants, il avait même conseillé une disposition optimale dans cette location, et in fine, dans six jours, il aurait déménagé tout chez elle (à un ou deux meubles près), sans rechigner, sans compensation, presque sans merci, comme si c’était sa fonction, comme si l’éthique l’y enjoignait, comme s’il était censé répondre aux appels d’une femme en détresse… –

            Et au fond, après son devoir si rigoureusement tenu, il avait même un désir ultime, une volonté ferme, une dernière hâte, celle de lui dire ou de lui signifier, sans qu’elle s’y attendît, après des mois de patience froide et d’imperturbable flegme, sans une colère ni une humeur :

            « C’est fini maintenant. Débrouille-toi toute seule. Je ne veux plus te voir. » »

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