Un lecteur, un vrai lecteur qui place son activité dans l’art et hors du pur divertissement, n’achète pas un livre – c’est même à cela qu’on distingue un lecteur d’un Contemporain. Comme le temps des lectures, des vraies lectures où l’on instruit une critique et une réflexion, permet avec curiosité de multiplier des références, on arrive, lecteur, au terme d’un livre avec plusieurs commandes à faire, et l’on sent, compte tenu de ses usages et rythme, que son intérêt englobe plus d’un ouvrage à la fois : on n’a plus rien du quidam désœuvré avant vacances qui craint surtout de s’ennuyer et pioche sur l’étal du marchand tel nombre de pages chargées de lui durer tant de jours, par alternance de siestes, de bronzages, de mots fléchés et de sudokus. Il n’existe pas un acheteur d’un ou deux livres qui soit un lecteur. Un homme qui acquiert un livre après l’autre, au prix modique que ça coûte aujourd’hui, sera toujours un béotien, démontrant, par ce geste pour disposer de livres, qu’en vérité il ne sait pas lire.